Colloque : Champs littéraires nationaux et espace européen

2.08- Stracittà, Strapaese et les frontières culturelles

Auteur(s) : Rosario Gennaro

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L’historiographie littéraire inscrit une partie importante de l’activité culturelle italienne des années 20 dans la lutte entre deux « courants » présentés comme divisés par tout un ensemble d’oppositions schématiques : d’un coté Strapaese (les revues « Il Selvaggio », « L’Italiano » et des auteurs tels que Mino Maccari, Ardengo Soffici, Leo Longanesi), de l’autre Stracittà (Massimo Bontempelli, Nino Frank, Corrado Alvaro et d’autres écrivains gravitant autour de la revue « 900 »). L’image de Strapaese est associé à des mots d’ordre tels que la défense de la tradition, l’hostilité à l’importation d’idées étrangères, l’adhésion ouverte au fascisme. Les tenants de Stracittà sont présentés comme des défenseurs de la modernité, favorables à l’échange culturel avec l’Europe, proches de l’avant-garde parisienne, et, pour ce qui concerne la politique, comme enclins à éviter des prises de position explicites. On leur prête également une attitude opposée à l’égard de la traduction : les fauteurs de Strapaese sous-estimeraient l’importance de la traduction sous prétexte que l’ « esprit italien » serait intraduisible, alors que la position de Stracittà souligne le rôle de la traduction dans la valorisation des œuvres littéraires et fait de la traductibilité un critère de valeur des textes. Mon étude vise à dépasser cette vision schématique, qui ne rend pas compte de la variété des trajectoires et des prises de position, ni des transformations qui les affectent. En retraçant la structure des positions et les dynamiques socio-littéraires qui les relient (trajectoires sociales et littéraires des principaux protagonistes, rapports entre positions, dispositions et prises de position, alliances, luttes pour le monopole de la légitimité littéraire) ont peut à la fois expliquer la genèse de cette opposition, rendre compte des contradictions apparentes que révèle l’analyse des pratiques, et tenter de répondre à une série de questions posées par ce cas : quels sont les facteurs qui sont à l’origine de ce clivage et qui orientent la distribution des agents dans les deux « camps » ? Est-il fondé de les opposer nettement, aussi bien pour ce qui concerne les choix littéraires que pour ce qui est des postures à l’égard de la politique ? Pourquoi certains passent-ils d’un camp à l’autre ? Comment s’articulent cette opposition et les prises de position à l’intérieur des deux mouvements ? Y-a-t-il un lien entre ce choix de camp dans le cadre national et la position que les membres des deux groupes occupent sur la scène littéraire internationale ? Une partie considérable de la culture italienne à l’époque fasciste est impliquée dans cet affrontement. Ainsi peut-il être considéré comme un observatoire particulièrement révélateur, qui permet de jeter un éclairage inédit sur le fonctionnement de ce champ, dans un contexte totalitaire, notamment pour ce qui est de la relation entre positions littéraires et positions politiques, ainsi que de l’articulation entre logique nationale et logique internationale.

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